urant plus de vingt ans, Nicolas Vanier, inlassable voyageur du froid et véritable « Jack London des temps modernes », a sillonné les régions les plus sauvages : la Sibérie, la Laponie, l’Alaska, le Canada…

Dernièrement, il a effectué une incroyable « Odyssée Blanche » : 8 600 kilomètres, avec son attelage de chiens de traîneau, de l’Alaska jusqu’au Québec. C’est au cours de cette traversée exceptionnelle que Nicolas Vanier a rencontré Norman, dans une vallée des montagnes rocheuses, somptueuse et inaccessible.

Norman est un trappeur, il a cinquante ans et vit avec Nebaska, une indienne Nahanni. C’est « le dernier trappeur ». C’est lui qui a donné envie à Nicolas Vanier de tourner le film dont il rêvait depuis longtemps. Norman trappe depuis toujours et n’a pas besoin de toutes ces choses que la société pourrait lui offrir. Ses chiens et lui se nourrissent du produit de la chasse et de la pêche. Il fabrique lui même son traîneau, ses raquettes, sa cabane, son canoë, avec le bois et le cuir qu’il prélève dans la forêt et que Nebaska tanne, à l’ancienne.

Pour se déplacer Norman utilise ses chiens. Ils sont silencieux et lui permettent d’être attentif à son environnement. Fidèles compagnons, ils font partie de sa vie quotidienne. Lorsque Norman piste une proie, il l’étudie longuement, dans l’intention de comprendre quelle est sa perception de son environnement. Le trappeur sait que la notion de partage et d’échange avec la nature est essentielle à l’équilibre de ce drôle d’animal au sommet de la chaîne alimentaire: L’homme.

C’est pour témoigner que Norman a accepté l’idée du film LE DERNIER TRAPPEUR, pour laisser derrière lui une trace moins éphémère que toutes celles qu’il a si souvent laissées dans la neige.

Alex, une belle amitié

Alex, le meilleur ami de Norman, est aussi un de ces coureurs des bois restés fidèles à un mode de vie ancestral. Malgré la dureté des éléments qu’il a endurés près de quatre-vingts ans, une sage douceur émane de son visage dont chaque ride semble refléter une parcelle d’histoire.

Autrefois, les trappeurs comme lui piégeaient des castors, mais leur fourrure n’est plus aussi prisée et ils délaissent aujourd’hui cette trappe fastidieuse et d’un mauvais rapport. Certaines régions sont menacées par la prolifération des castors, et des programmes gouvernementaux encouragent leur destruction au moyen de primes, alors qu’en d’autres endroits on essaie d’accroître les populations de lynx qui leur font la chasse. Aujourd’hui, les trappeurs au Canada prélèvent majoritairement des martres, accessoirement quelques lynx, loups et wolvérines.

Femmes de trappeur

La philosophie de l’adaptation de l’homme à la nature est ce qu’il y a de plus beau dans la façon qu’avaient de vivre ces hommes (Indiens, Inuits, trappeurs). Une vie certes en parfait équilibre avec la nature, mais au quotidien souvent difficile. Depuis toujours d’ailleurs, les
trappeurs ont eu une forte tendance à prendre pour compagnes des femmes Amérindiennes ou Inuites, tant il est vrai que peu de femmes blanches arrivent à supporter cette vie isolée en forêt requérant une expérience que souvent ces femmes possèdent. Norman n’y fait pas exception, lui qui a été marié deux fois à des Indiennes Cree et une fois à une Inuite d’Inuvik.

Néanmoins, les femmes accompagnent rarement les hommes sur leur ligne de trappe, à l’exception des Inuites qui autrefois voyageaient avec leur époux où qu’il aille, car elles participaient de façon active à tout ce qu’il faisait. Elles gardaient l’igloo, qu’elles aidaient à fabriquer, soignaient les chiens, préparaient les peaux et les repas, paquetaient et réparaient tout ce qui en avait besoin, reprisant, cousant, tannant et assouplissant les cuirs.

Aujourd’hui, très rares sont les femmes qui accompagnent les quelques trappeurs qui demeurent sur leur ligne de trappe. Généralement, elles vivent dans le village le plus proche, où la famille réside – quand ils en possèdent une. Le trappeur s’en va seul aussitôt que la neige et le froid rendent les déplacements possibles. Beaucoup s’accordent une pause au moment des fêtes de fin d’année et rentrent au village. Ils en profitent pour rapporter les peaux qu’ils ont collectées durant cette première partie de l’hiver, souvent la meilleure, et rachètent des provisions et tout ce qui leur manque pour tenir jusqu’au printemps. La femme s’occupe de préparer les peaux et souvent de les vendre. C’est elle qui tient les cordons de la bourse, et l’homme doit souvent négocier avec elle ce qu’il peut acheter ou non.